Des confidents amicaux aux requins de négociation

Le rôle des agents de droits et des agents d’auteurs a beaucoup changé au cours des dernières années. Il y a 10 ans, les à-valoirs d’un titre prometteur pouvaient facilement atteindre des centaines de milliers de dollars sur le marché international – les livres avaient alors une valeur financière et économique importante, ce qui n’est plus autant le cas depuis le début de la dernière crise économique.

Entre 2000 et 2008, les éditeurs ont tenté de rester optimistes, investissant bien souvent dans plus de titres qu’ils ne pouvaient réellement se le permettre, avant de finalement restreindre leurs acquisitions et réduire la valeur de leurs offres, reléguant ainsi le livre au rôle d’atout culturel plutôt qu’acteur économique.

quotetwofrPour un auteur, la personne la plus importante était auparavant son éditeur, qui travaillait avec lui dès l’étape de l’écriture, mais qui se comportait également toujours comme un confident, ou même un thérapeute dans le cas d’un « writer’s block ». Aujourd’hui, les maisons d’éditions réduisent leurs effectifs et le marché du livre a connu une chute énorme au niveau financier et en terme de chiffres de vente.

Alors comment s’y adapter ? On pourrait dire que le marché international s’est personnalisé. Il est important de se faire connaître, d’avoir des relations et de se rencontrer personnellement, notamment pendant les foires internationales du livre à London, à Pékin, à Bologne ou à Frankfort. Les à-valoirs importants se font rares ; les droits d’un titre de Dan Brown peuvent se vendre à un million d’euros sur le marché international, mais les ventes n’iront pas justifier cet investissement par la suite. Cela peut arriver dans le cas d’un titre de Murakami, ou d’un lauréat de prix Nobel, mais dans ce cas-là, les maisons d’édition sont prêtes à payer cher pour le prestige de pouvoir traduire et publier un auteur de renommée mondiale.

quote3frDe manière générale, les meilleures ventes sont toujours atteintes par des titres d’actualité ou des romans à succès comme Harry Potter. Par exemple, quel agent représentera Edward Snowden pour vendre son premier livre sur le scandale NSA ?

Dans tous les pays à travers le monde, de véritables « bidding wars », des guerres d’enchères, ont été déclenchées après que Malala Yousafzai ait commencé à écrire ses mémoires. Et pendant la foire à Frankfort en 2013, son portrait était présent dans chaque hall, exposé par les maisons d’éditions fières d’avoir gagné l’enchère dans leur pays ou langage respectif. Une démonstration de pouvoir, en somme, mais surtout une nécessité de dénicher la poule aux œufs d’or pour redorer son image et confirmer sa position sur le marché.

quoteonefrMais ces quelques titres restent des exceptions. Alors comment les agents, les scouts et les éditeurs communiquent-ils ? La confiance et les relations et affinités personnelles deviennent de plus en plus importantes. Un éditeur doit être sûr qu’un agent ou un scout ne lui propose que les meilleurs titres, des titres vraiment adaptés à sa ligne éditoriale.

Il n’a plus le temps de lire tous les manuscrits qu’il reçoit, ni de s’occuper d’un auteur compliqué ou de trop éditer un titre. Bien que certains maintiennent des départements de droits d’auteur à l’interne, dans la plupart des pays, ce sont aujourd’hui les agents qui préparent un auteur et le texte qu’il écrit avant de le soumettre aux maisons d’édition ou qui feuillètent les innombrables catalogues des éditeurs internationaux, avant de faire une sélection de quelques titres à potentiel.

Dans l’autre sens, un agent se doit de satisfaire son auteur ou la maison d’édition qu’il représente : la confiance doit être présente entre tous ces acteurs ; et l’amitié qui est célébrée lors des foires autour d’un café, d’un repas ou des nombreuses soirées, n’est jamais oubliée – sauf à l’occasion de négociations pour un titre exceptionnel, où chacun se transforme alors temporairement en requin des affaires.